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Hugh Bonneville, très connu pour son rôle de Earl of Grantham dans Downton Abbey, a généreusement enregistré une lecture d'un passage de JUDAS, le dernier ouvrage publié d'Amos Oz.

Voici l'extrait du livre traduit de l'hébreu par Sylvie Cohen :

Je l’ai assassiné. Je l’ai suspendu sur la croix. J’ai planté les clous dans sa chair. J’ai fait couler son sang. Sur la route de Jérusalem, quelques jours plus tôt, nous venions de descendre de l’une des collines quand il eut faim. Il s’arrêta près d’un figuier, de ceux qui se couvrent de feuilles avant que les fruits arrivent à maturité. Nous l’avons imité. Il plongea les mains parmi les branches pour cueillir un fruit et, n’en trouvant pas, il maudit l’arbre. Au même instant, toutes les feuilles se flétrirent et tombèrent. Seuls le tronc et les branches restèrent debout, nus et morts.

Pour quelle raison l’avait-il maudit ? Ce figuier n’avait rien à se reprocher. Quel mal lui avait-il fait ? Aucun figuier au monde ne donne de fruits avant la Pâque. S’il avait envie de manger des figues, qu’est-ce qui l’empêchait d’accomplir un nouveau miracle pour que l’arbre produise précocement ses fruits encore verts, de même qu’il avait changé les pierres en pains et l’eau en vin ? Pourquoi l’avoir maudit ? En quoi l’arbre avait-il fauté ? Comment avait-il pu oublier sa parole et éprouver tant de haine et de cruauté ? Si mes yeux s’étaient dessillés au pied de ce figuier, j’aurais compris qu’il était un simple mortel. Bien plus grand, remarquable et profond que nous tous, mais mortel quand même. J’aurais dû le tirer par le pan de son manteau, l’obliger à rebrousser chemin, lui comme nous tous, et repartir en Galilée. Nous n’allons plus à Jérusalem. Il n’en est pas question. Ils te tueront. Nous sommes des Galiléens. Retournons là-bas, nous irons de village en village, nous dormirons là où nous pourrons, tu feras de ton mieux pour soulager les malheureux, tu prêcheras ton message d’amour et de charité et nous te suivrons jusqu’à notre dernière heure.
 

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